La Ronde des Géants - les fêtes de géants



Les géants

La grande famille des géants
Enracinés dans la culture locale et régionale, les géants sont environ 500 dans le nord de la France. En Belgique, c'est plus de 1500 géants qui animent les fêtes locales. La tradition est très vivante aussi en Espagne avec plus de 2000 géants, notamment en Catalogne. Il est difficile de dénombrer les géants précisément parce qu'il s'agit d'un patrimoine vivant. Certains géants disparaissent pour renaître plusieurs années plus tard. Il y a des naissances tous les ans. Un inventaire précis demande une réactualisation permanente qui nécessite beaucoup de moyens. C'est pourquoi les chiffres diffèrent selon les critères du recensement. De plus, il faut aussi définir précisément ce qu'on entend par le terme géant ; pour appréhender cet art et cette tradition populaire, il faut parcourir l'ensemble des documents, proposés ici de manière interactive abordant sous différents angles les géants et leurs fêtes.

D’origine médiévale, les géants de l’Europe occidentale sont nés des processions communales et religieuses dès le 15ème siècle. Ces figures gigantesques illustrent alors des épisodes de la Bible (Goliath), des récits de la Légende dorée (Saint Christophe) ou des histoires du cycle de Charlemagne (Cheval Bayard et les fils Aymon). Aujourd'hui, les géants ont perdu leur caractère religieux et témoignent de la richesse historique et culturelle liée à l'identité locale.

Emblèmes d’une ville, d’un quartier, d'une association, ces grands mannequins d'osier représentent des héros historiques ou légendaires, des figures locales, des métiers, des animaux, des dragons...

Construits pour être portés par une ou plusieurs personnes, ils dansent et animent les rues de la cité, accompagnés de leur musique. Les géants sont associés à la vie de la communauté qu'ils représentent, ils peuvent se marier et avoir des enfants, s'inviter entre eux, voyager et cela donne lieu à de grandes fêtes populaires internationales.


Monsieur et Madame Gayant en 1910





Le carnaval de Cassel d'Alexis Bafcop, 1876.
Musée départemental de Flandre, Cassel.
Cl. Quecq d'Henripret


Cassel, le 13 mai 2000.
124 ans après qu'Alexis Bafcop ait peint son tableau le carnaval de Cassel, au même endroit, un autre instantanné, mais photographique celui-là, a été pris ; le but étant de montrer les évolutions et les permanences des composantes du carnaval entre 1860 et 2000.
Photo : Thierry Petitberghien


Goliath d'Ath (B)
Photo : MdG Jocelin Flamen


La ducasse d'Ath avec Monsieur et Madame Goliath
Photo : MdG Jocelin Flament







Porteurs des géants de Douai.
Photo : Thierry Petitberghien




 

L'âme collective du géant

À l’origine de la naissance d’un géant, il y a toujours le rêve et la volonté d’un groupe de personnes. Les associations et les élus souhaitent et projettent la création d’une fête dont le géant sera l’emblème.
Fait pour durer, le géant devient le symbole vivant de la ville ou du quartier et il contribue à raviver la mémoire collective.

Elément visible du patrimoine immatériel de la communauté, il favorise le lien social. Le géant pourra représenter un homme, une femme, un enfant, un boulanger, un pêcheur, un animal, un roi, un chanteur, un personnage merveilleux…

Le choix est grand et infini ! Le choix de la représentation du géant est aussi guidé par la fête à laquelle il est associé et par l’histoire de cette fête, par exemple le géant Saint-Nicolas et sa fête en décembre ou le géant Gargantua à Bailleul pour le Mardi Gras.

Suivant les ressources humaines et matérielles, le géant est porté ou se déplace sur roulettes. Il peut mesurer deux mètres pour les géants enfants à plus de quatorze mètres de haut pour le géant de Nieuport (vingt-quatre porteurs).

L’apparence du géant est importante mais aussi les techniques employées pour favoriser le portage du géant, l’entretien du géant et sa conservation. Aussi fait-on souvent appel à des artisans géantiers, professionnels qui ont expérience et savoir faire. Mais le géant est aussi parfois réalisé avec les moyens du bord, de façon bénévole.

Conçu spécialement pour la manifestation, le géant trouve alors toute sa place dans le déroulement de sa fête, la fête du géant...

Les géants à la fête

S’il y a bien un élément qui réunit le monde bigarré des géants, c’est la fête ! Qu’ils soient français, belges, espagnols ou autrichiens, les géants défilent dans les ducasses, les kermesses ou les fêtes patronales. Ils s’amusent et dansent au gré des sorties carnavalesques. La fête donne un sens au géant ; le géant donne un sens à la fête. Dans le sud de la France, les animaux totémiques comme la Tarasque à Tarascon ou le Poulain à Pézenas sont indissociables de leurs fêtes tout comme les géants du nord de l’Europe. La Tarasque a participé à la grande parade des géants de Lille, capitale européenne de la culture en 2004.
Si les géants émergent de ces festivités, ils ne sont pas seuls. Les personnages gigantesques et les animaux fantastiques font partie d’un ensemble d’éléments et de traditions. Tantôt, ils sont entourés de chevaux-jupons, d’hommes de feuilles ou de diables, tantôt, ils s’intègrent à un cortège haut en couleurs, avec des chars de fantaisie, des groupes historiques ou des ensembles musicaux.

Ils ne se contentent pas de défiler. Ils aiment jouer avec le public. A Mons, la queue du dragon est happée par la foule qui arrache les crins porte-bonheur. A Cassel, la foule retient les géants Reuze Papa et Reuze Maman pour des danses qui n’en finissent plus. Les géants du Meyboom, à Bruxelles, profitent de leur légèreté et de leurs bras mobiles pour taquiner le public dans de grands mouvements de va-et-vient.
Au-delà, aller voir danser les géants, c’est surtout se retrouver, partager un moment privilégié avec des amis ou sa famille.

Le géant, citoyen modèle

Le géant vit, danse, se marie, a des enfants, tout comme les gens qui le font vivre et danser.
Il est souvent considéré comme le citoyen modèle de la cité, qu’il soit ouvrier, enfant, seigneur ou paysan. Sa place traditionnelle est dans la rue et il symbolise de façon festive l’appartenance à une communauté. Par exemple, à Douai, les Douaisiens s’appellent entre eux “les enfants de Gayant”.

La fête du géant, fête de rue, est liée à des repères identifiés comme “lieux de vie” de la ville : mairie, commerces, places, cafés, constituent autant de haltes ludiques et festives sur le parcours du géant et du cortège.
Or, l’évolution du tissu urbain ne va pas dans le sens du maintien d’un environnement propice aux géants et doit faire l’objet d’une attention particulière comme à Ath, où a lieu la ducasse depuis plus de 500 ans. Dans cette ville, depuis plus de dix ans, les nouveaux aménagements sont prévus pour convenir au bon déroulement de la fête : les pavés ont été rabotés afin que les porteurs des géants ne glissent pas, les carrefours sont étudiés pour que les grands chars tirés par les chevaux de trait virent sans problème.

Dans les communes avec de nouveaux quartiers constitués de grands ensembles, les géants trouvent difficilement leur place : ici “écrasés” par la taille des immeubles et des tours, là, incongrus dans des voies privées, des lotissements dortoirs sans magasins, sans cafés, sans vie collective.
La fête populaire calendaire et le géant apportent du merveilleux et de l’enchantement et transforment ainsi le regard porté sur l’environnement quotidien, révèlant l’espace public dans toutes ses dimensions.

De génération en génération

Depuis la fin des années 1970, les géants connaissent une véritable poussée démographique en Belgique et dans le Nord de la France.
Le même mouvement s’observe aussi en Catalogne espagnole. Doit-on y voir la volonté de retrouver ses racines et l’authenticité des traditions, la nécessité pour les collectivités locales de renforcer leur identité ou tout simplement le plaisir de faire la fête ? Peut-être tout cela à la fois.

Les glorieux anciens regardent ce phénomène avec intérêt. Des cités comme Douai, Cassel, Ath, Termonde ou Malines voient les géants défiler depuis de nombreuses générations. Les porteurs se succèdent de père en fils, les artisans transmettent leur savoir-faire, les cuisinières s’échangent la recette des plats de fête.

À Ath, le géant Goliath est apparu en 1481. A Douai, c'est depuis 1530 qu’on connait des géants, des “gayants” en langue picarde. Depuis leur origine, ces géants ont connu bien des vicissitudes. Nés à la fin du moyen âge, ils ont abandonné peu à peu les processions religieuses au profit de cortèges laïcs. Certains ont même connu la destruction. La tête de Goliath, telle qu’on la connait aujourd'hui, a été sculptée en 1806. Gayant a été reconstitué en 1954.

Les géants nouveaux-nés prolongeront-ils ce mouvement ? Sauront-ils passer le cap de la première génération et traverser les décennies ? Il faut espérer que, dans ce monde qui va toujours plus vite, créer un géant n’est pas devenu un effet de mode ou une simple technique de communication.

Merci au Musée départemental de Flandre à Cassel pour l'autorisation de reproduire le tableau du carnaval de Cassel de Bafcop.


 

 

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